Moins exposées médiatiquement que les fintech, les legaltech ne manquent pourtant pas d’atouts. Ces start-up du monde juridique offrent par exemple des solutions pour automatiser des tâches répétitives ou à faible valeur ajoutée, ou travaillent sur des outils numériques pour aider les professionnels du droit. C’est le cas notamment de Doctrine.fr qui propose d’utiliser l’intelligence artificielle pour exploiter la masse de données que constituent les décisions de justice et la jurisprudence. Cette entreprise, créée en juin 2016 par Nicolas Bustamante, Raphaël Champeimont et Antoine Dusséaux, a mis au point un moteur de recherche simple et intuitif permettant aux avocats et juristes de naviguer au sein d’un fonds de plus de 7 millions de décisions, provenant des juridictions de première instance, des cours d’appel et de cassation, des tribunaux de grande instance…

Pour alimenter ce fonds, Doctrine.fr utilise trois sources principales : les juridictions partenaires, les cabinets d’avocats et leurs clients et, enfin, des robots (conçus par la start-up) qui parcourent le web pour récupérer les décisions de justice. La véritable plus-value de la société tient dans les algorithmes qu’elle a mis au point pour effectuer les recherches dans cette base de donnée, précise Nicolas Bustamante. L’idée est d’utiliser l’intelligence artificielle pour que le client puisse effectuer sa recherche très simplement en langage écrit. “Avec notre solution, c’est comme si vous aviez 10 stagiaires dopés à l’intelligence artificielle qui font vos recherches. Le gain de temps est énorme”, explique le président cofondateur. Puis, en analysant les habitudes de recherche de chaque client, Doctrine.fr veut pouvoir “deviner sa recherche et lui envoyer”, offrant ainsi un système de veille sur mesure.

Deux mois après sa création, l’entreprise a levé 2 millions d’euros, auprès notamment du fonds de capital-risque Otium Venture, pour renforcer ses équipes. Doctrine.fr emploie une trentaine de personnes actuellement et boucle 6 à 7 recrutements chaque mois, essentiellement des data scientist et des juristes. Initier les profils scientifiques à la matière juridique et les juristes à la conception d’algorithmes constitue d’ailleurs un de ses principaux challenges. “Nous faisons intervenir des professeurs de droit et des magistrats pour donner des cours sur des points spécifiques à nos data scientist”, explique Nicolas Bustamante.

Cette hausse des effectifs est à mettre en parallèle avec la forte croissance affichée par la start-up, entre 20 et 25% par mois. Doctrine.fr a démarré la commercialisation de son offre en mars 2017 et vise un chiffre d’affaires de 10 millions d’euros en deux ans et demi. Les clients, avocats et juristes d’entreprise, paient un abonnement de 129 à 159 euros par mois pour disposer du service. Des formules sur mesure sont proposées aux grands comptes. La société affiche aussi des ambitions à l’international, ses algorithmes pouvant facilement être utilisés pour exploiter les bases de données juridiques d’autres pays.

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